Le jeu, par Catherine Champeyrol

Pour sa toute première newsletter "Partenaires de jeu", Souriez Vous Jouez donne la parole à Catherine Champeyrol. Depuis 2016, elle anime le collectif JEUXDENJEUX. Pourquoi le Jeu est-il important ? Comment le pratiquer au travail ? Y a t-il des profils de joueurs ? Ses réponses à nos 10 questions.

 

1. Quelles sont pour vous les principales vertus du jeu au travail ?

Toutes les civilisations jouent, depuis des millénaires. Le jeu est un moteur d’apprentissage, de cohésion sociale et d’attention. Quand nous jouons nous observons nos partenaires de jeu, nous les écoutons. Notre attention est mobilisée. Dans le jeu il y a de l’interaction, de la concentration, et de l’émotion.

En entreprise, le jeu permet de fédérer des métiers, des générations, des niveaux hiérarchiques différents. Ce n’est pas un divertissement anodin et il ne saurait se réduire à un simple brise-glace ! Bien choisi et animé à propos, le jeu favorise la qualité d’interactions entre les participants sur des modèles de coopération ou de compétition par exemple.

 

2. Parlez-nous de JEUXDENJEUX que vous avez créé en 2016

C'est un collectif de consultants-auteurs et une collection de jeux. L’aventure JEUXDENJEUX est née de l’envie de transmettre durablement des méthodes efficaces, validées sur le terrain, dans un format qui s’active à la demande, quand le besoin est là et qu'il faut trouver rapidement de la ressource. Nous faisons le pari de la coopération, avec des jeux jouables et rejouables à l'infini et qui s’intègrent durablement dans la culture des organisations (entreprises, startups, organismes de formation, associations, incubateurs, collectivités…).

Le collectif est né d'un constat : nos clients relisent rarement nos supports de formation ou nos rapports de fin de mission, quand ils sont confrontés à des situations réelles. Des situations souvent éloignées de celles évoquées dans des conférences sur le management ou des cursus de formation... Nous voulions les aider au quotidien, quand ils se retrouvent seuls devant des problématiques managériales à résoudre. Un livre est certes une ressource, mais sincèrement, je connais très peu de personnes qui ouvrent un livre pour résoudre une situation. C’est ainsi qu’est venue l’idée du jeu de carte : un format simple à prendre en main, pas intimidant, facile à poser sur un bureau ou sur la table d’un café.

 

3. Vos jeux nécessitent-ils de souscrire à un protocole ?

Non, et c'est un point essentiel que vous soulevez. Celui qui anime peut entrer comme il le souhaite dans la méthode, à la carte, en "sur-mesure" par rapport au besoin du moment. Il peut s'amuser à inventer ses propres combinaisons de jeux : tous les usages sont possibles ! Tous nos jeux de cartes se veulent simples, sans jargon, adaptables à la créativité de chacun. Nous voulions proposer une alternative aux méthodes anglo-saxonnes très documentées ; apporter une vision du monde et du jeu plus européenne, plus latine, pouvant se "clipser" à toutes les démarches en «-ing » : Design Thinking, Creative Problem Solving, Brainstorming…

 

4. Vous placez l’intelligence collective en tête des principes fondamentaux de votre collection de jeux : pourquoi ?

Parce que c’est notre "défi dingue", l’ambition qui fédère tous les coauteurs : proposer un cadre qui stimule l’intelligence collective et qui lui permette d’avoir un impact positif sur des enjeux stratégiques. L’intelligence collective ne se décrète pas. Elle a besoin de règles de fonctionnement, de points de repère, de ressources. C'est ce que proposent nos jeux de cartes coopératifs.

 

 5. Observez-vous des évolutions dans la pratique du jeu en entreprise ?

Oui. Le jeu se diffuse de plus en plus et pas simplement dans des contextes exceptionnels comme les séminaires, les conventions, ou les moments de "teambuilding". Le jeu devient un outil du management au quotidien. Nous avons des clients qui ont des jeux sur le bureau et qui les ouvrent en solo pour se rafraîchir les idées ou en équipe, pour identifier des initiatives à prendre sur un sujet opérationnel.

 

6. Et qu'en est-il pour les professionnels de l’accompagnement ?

De nombreuses formations sont aujourd’hui proposées autour des thèmes de la gamification, de la ludopédagogie. C’est un mouvement de fond qui s’accélère aussi depuis la pandémie de la Covid 19. Aujourd’hui, nous sommes tous beaucoup plus exigeants sur la qualité des interactions et les professionnels de l’accompagnement prennent soin de favoriser la cohésion, la relation.

 

 7. Pourquoi avoir choisi Souriez-vous-Jouez pour diffuser vos jeux ?

Son offre de jeux y est riche et intègre différents éditeurs. Pourquoi la jouer solo quand vos jeux font partie d'un écosystème bien plus large, qui donne la possibilité à chacun de choisir le jeu qui lui convient le mieux ? Etre partenaire de Souriez a du sens : être dans la lignée de la coopération et de l’intelligence collective. C’est aussi une rencontre avec une équipe formidable ! Sans compter que la logistique s’organise depuis la Corrèze, ma région du cœur…

 

8. Un message aux coachs, formateurs, facilitateurs et autres professionnels de l’accompagnement ?

La partie la plus importante dans une session de jeu est le moment du retour d’expérience des participants. Vous devez les aider à prendre conscience des apports du jeu au-delà de la seule production d’idées. Comment se sentent-ils après le jeu ? Que leur a t-il permis d’exprimer ? Comment ont-ils vécu l'expérience de jouer ensemble ? Quelles actions souhaitent-ils mettre en œuvre à l’issue de la partie ? Tirer les enseignements est essentiel.

 

9. Comment convaincre les plus résistants au jeu ?

Selon nos parcours de vie, nous avons des attentes très variées sur le mot « jeu ». Pour certains, le jeu est associé à la compétition. Pour d'autres, au contraire, il est source de plaisir et de légèreté. D'autres enfin le redoutent car ils le vivent comme un environnement dans lesquels ils se sentent maladroits ou jugés. Sans compter que le jeu peut avoir mauvaise presse : tricheur, manipulateur….Mon unique conseil : testez avant de jugez !

 

10. Votre prochain défi ?

Avis à tous ceux qui souhaitent nous aider. Voici le défi que nous pourrions relever ensemble : animer une session de jeu à Matignon en Conseil des Ministres pour contribuer à résoudre un sujet de société, comme par exemple : la transition énergétique, le chômage des populations vulnérables, l’accès aux soins... C'est très sérieux. Alors, avis à celles et ceux qui osent !

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Propos recueillis par Anne Josse pour Souriez Vous Jouez

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Votre parole compte pour nous !

Joueurs (coachés, équipes, stagiaires, étudiants…), professionnels de l'accompagnement (coachs, formateurs, faciliteurs, enseignants, thérapeutes…), éditeurs de jeux, auteurs : vous désirez être interviewé par Souriez Vous Jouez ? => contact@annejosse.com

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