Dans "jeunes", il y a "jeu"

Valérie Basso se sert de jeux pour aider les jeunes à devenir acteurs de leurs réussites. Son témoignage est précieux. Il éclaire sur les bienfaits du jeu auprès des jeunes. Cet article en 10 questions, s’adresse aux professionnels de l’accompagnement, mais aussi aux parents et aux jeunes qui font leurs premiers pas sur LinkedIn et dans la vie active. Retrouvez à la fin de l’interview, les références de jeux utilisés par Valérie.

 

1. Valérie, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier ?

J'ai fait mille métiers dans ma vie. Tous, finalement, avaient le même "fil rouge" ; à savoir l'accompagnement, l'intérêt pour l'humain que nous sommes tous. Lorsque je dois cocher une case sur un document administratif ou un questionnaire, c'est toujours un casse-tête pour moi car je ne rentre dans aucune des cases. Sur mes cartes de visite, je me qualifie de conseillère en méthodes d'apprentissage, organisation et orientation. J'ai fait ce choix parce que le terme "accompagnatrice" ne sonnait pas bien à mon oreille (eh oui, je suis "auditive") et parce que le terme "coach" n'avait pas vraiment de sens pour moi. En fait, et en toute humilité, je pense que je suis une révélatrice d'émotions, de motivation et de réussites. 

 

 2. Qu’entends-tu par « réussites » ?

J'accompagne des jeunes de 12 à 25 ans (et parfois un peu plus) à devenir acteurs de leurs réussites. Le pluriel est volontaire car, fort heureusement, notre vie est faite de nombreuses réussites. Il convient de démystifier la Réussite, celle qui peut être imposée par la pression éducative et/ou sociétale et parfois parentale. J'accompagne ces jeunes à mieux se connaître, à développer une meilleure estime d'eux, afin qu'ils construisent leur propre chemin de réussites et d'orientation, et à plus long terme leur chemin de vie. Je fais, en quelque sorte, du développement personnel adapté au public jeune. Pour cela, je m'appuie sur une méthode d'accompagnement personnalisé adaptée au public jeune, appelée MAP Réussite.

« Je suis une révélatrice d'émotions, de motivation et de réussites. » 

 

3. Comment te sers-tu des jeux dans ton accompagnement ?

Je m'en sers à différents moments : pour que le jeune identifie ses talents, ses valeurs intrinsèques ; pour l'amener à comprendre et accueillir ses émotions ; pour l'ouvrir à des orientations scolaires et/ou professionnelles nouvelles. D'une façon générale, le jeu permet de libérer la parole, d'enrichir les échanges, de se projeter, de rêver.

 

4. Tu choisis les jeux en fonction de quels critères ?

Comme je suis un peu "hors cadre", j'utilise le jeu avec mes propres règles, au regard du besoin du jeune, du chemin que je construis avec lui. Avant de proposer un jeu, je m'intéresse à son profil d'apprentissage. La plupart du temps il se révèle à travers un questionnaire que j'adresse en amont de la rencontre. Par exemple, si le jeune est de profil "enthousiaste" (selon les "7 profils d'apprentissage" de Jean-François Michel), je lui présenterai le côté ludique du jeu. Alors que s'il est de profil dit "intellectuel", je lui présenterai le jeu comme un exercice pour apprendre quelque chose sur lui.

 

5. Les jeunes que tu rencontres sont-ils sensibles aux jeux que tu proposes, eux qui sont plutôt adeptes du format numérique ?

Contre toute attente, les jeunes acceptent facilement de "jouer le jeu". Les plus jeunes -je parle ici des 14/18 ans- très habitués aux jeux vidéos, ne rejettent pas pour autant le traditionnel jeu de cartes. Les plus matures, et ce n'est pas une question d'âge, ont souvent l'habitude de jouer en famille et/ou avec leurs amis, lors de soirées. Il est donc facile de les amener aux jeux de développement personnel.

En début d'accompagnement, j'explique que le travail que je vais faire avec eux repose principalement sur des exercices ludiques. J'ai pour habitude, à ce stade, de leur montrer concrètement les différents types de jeux avec lesquels nous allons travailler. Souvent, le jeune, voire ses parents, esquisse un sourire d'approbation.

 

6. Y a-t-il un ou des jeux auxquels les jeunes sont particulièrement réceptifs ?

Les jeux reposant sur des cartes à manipuler sont particulièrement appréciés. Les jeunes apprécient de pouvoir prendre les cartes en main, les retourner, les sélectionner, les éliminer. Souvent, je leur dis "c'est à toi de jouer, de prendre la main" en référence à ma phrase d'accroche "deviens acteur de tes réussites".

  • Lorsqu'on travaille ensemble à identifier leurs talents, j'utilise le "jeu des qualités" de @Comitys. Ce jeu fonctionne très bien car, au dos des cartes, le jeune peu trouver des qualités synonymes ou proches de la qualité choisie. Cela lui permet d'enrichir et/ou d'affiner son vocabulaire. Il reste maître du mot choisi.
  • Pour faire émerger les valeurs intrinsèques, j'aime proposer un photolangage. Le jeune sélectionne dans un premier temps cinq images avec pour consigne de ne pas réfléchir et de laisser les images le choisir. Le jeune est en général surpris de cette consigne, lui à qui on demande tout le temps de réfléchir. Dans un second temps, nous échangeons autour de ses images selon un protocole établi.
  • Le travail sur les émotions repose généralement sur le "jeu des émotions " de Comitys ou "Les émotions comment ça marche ?" d'Andréa Harrn. Il m'arrive, avec les plus jeunes, d'utiliser La roue des émotions des éditions L'autrement dit.
  • Enfin, si nous devons aborder l'orientation, le "jeu des nouveaux métiers" édité par SVJ est un très bel outil qui permet au jeune d'aller au-delà des métiers traditionnels qu'il connaît, qui l'autorise à rêver, à oser.

 

7. Peux-tu nous raconter une expérience de jeu qui t’a aidé dans ton approche ? Ce que cela a débloqué, permis, déclenché, provoqué, qui aurait été impossible sans le recours au jeu ?

En voici deux assez récentes. J'ai accompagné un jeune collégien de 13 ans avec qui les jeux, et notamment les photolangages, ne fonctionnaient pas du tout. J'ai eu l'idée de lui proposer un jeu bien connu du grand public : le "Dixit". Il connaissait ce jeu et aimait y jouer en famille. Je lui ai donc expliqué que nous n'allions pas suivre les règles habituelles. De profil perfectionniste, il a d'abord manifesté son désaccord avant de me faire confiance. Ce choix a été une réussite. Sa parole s'est complètement libérée, bien au-delà de la consigne de départ. J'ai compris que le fait de bien connaître les cartes le mettait en confiance.

« Il faut savoir s'extraire des règles habituelles du jeu pour inventer, avec le jeune, de nouvelles utilisations »

 

Je peux vous parler d'une deuxième expérience avec un jeune lycéen qui s'était "enfermé" dans un choix d'orientation pas du tout en accord avec qui il était réellement. Il n'acceptait pas ce qu'il venait de découvrir sur lui. Or, il était important qu'il comprenne de lui-même que d'autres choix étaient possibles pour prendre en main son orientation. Le "Jeu des nouveaux métiers" a déclenché un véritable "tsunami" d'émotions. Peu à peu, il a compris qu'il avait le droit d'explorer d'autres chemins, de s'ouvrir à d'autres possibles. Au fil de la séance, j'ai vu le sourire revenir sur son visage.

 

 8. Quel jeu conseillerais-tu aux parents, dans le cercle familial ?

"Dixit" est un jeu familial très intéressant car il permet à la fois d'enrichir le vocabulaire, de travailler l'imaginaire, de partager des idées, des émotions.

J'invite également les parents à jouer avec les cartes portant sur les émotions. Il en existe de nombreux et pour tous les goûts. Ces jeux permettent d'aborder des situations difficiles, de partager des émotions, d'échanger. L'adolescent a souvent des difficultés à parler de ses émotions. Encombrantes pour lui, il préfère "les mettre sous le tapis". C'est pourquoi je conseille d'utiliser ces supports dès le plus jeune âge. Plus on commence tôt à parler des émotions, moins ce sera difficile à l'adolescence, puis à l'âge adulte.

 

9. Les enseignants peuvent eux aussi se servir du jeu en classe ?

Je pense qu'il faut distinguer le jeu collectif du jeu individuel. En effet, de nombreux enseignants utilisent déjà le jeu de manière individuelle. À titre d'exemples, je peux citer les coloriages magiques en primaire, les mots croisés, les mots mystères, les Sudoku, les charades, les Quiz... autant de jeux qui permettent à l'élève d'enrichir son vocabulaire, de manipuler les chiffres, de valider ses connaissances, de réfléchir de façon scientifique.

Collectivement, et dans l'absolu, je dirais que l'utilisation du jeu en classe est possible. Toutefois, il convient de tenir compte des conditions d'exercice de leur métier. La plupart du temps, l'enseignant de collège ou lycée se trouve face un groupe classe dépassant les 25 élèves et ne dispose que de 50 minutes pour dispenser son cours. La mise en place d'un jeu en collectif demande de constituer des petits groupes, de prévoir un temps d'installation, de transmission des consignes et de restitution. J'ai donc quelques doutes sur la faisabilité.

En primaire, si l’effectif de la classe est plus réduit, et si l’enseignant peut aménager un espace temps plus important, c'est peut-être plus facile.

A ce stade, j'ai envie de vous parler d'un jeu collectif de connaissance de soi adapté aux collégiens et lycéens : "Qui suis-jeu". Il a été créé par l'association MAP Réussite dont je suis membre et son animation est proposé aux établissements scolaires.

 

10. Ton dernier coup de cœur ?

Sans hésitation, le photolangage "Alibelo". Mais le photolangage "Street Art" me fait le l'œil depuis quelques semaines.

-----------------------------------------

>> vous souhaitez partager votre expérience de jeu dans votre métier ? Coach, formateur, manager, enseignants, thérapeutes, stagiaires, auteurs, éditeurs, contactez nous à : boutique@souriezvousjouez.com

-----------------------------------------

LIENS UTILES

 

✔Valérie Basso

 

✔Réseau MAP

 

✔Jeux utilisés par Valérie

 

✔Livre

Articles Récents

Le jeu, par Catherine Champeyrol

Pour sa toute première newsletter "Partenaires de jeu", Souriez Vous Jouez donne la parole à Catherine Champeyrol. Depuis 2016, elle anime le collectif JEUXDENJEUX. Pourquoi le Jeu est-il important ?...

En savoir plus

Jouer pour mieux vivre ensemble

Nicole Vachon et Béatrice Melin sont les conceptrices du jeu Alibelo, un photolangage réinventé pour les professionnels de l’accompagnement et les familles. Elles nous parlent ici de leur approche du...

En savoir plus